Amour (Trop faibles que nous sommes)

Marceline Desbordes-Valmore

Les Pleurs — 1833

Trop faibles que nous sommes ; C’est toujours cet amour qui tourmente les hommes. Ce que j’ai dans le cœur, brûlant comme notre âge, Si j’ose t’en parler, comment le définir ? Est-ce un miroir ardent frappé de ton image ? Un portrait palpitant né de ton souvenir ? Vois ! je crois que c’est toi, même dans ton absence, Dans le sommeil ; eh quoi ! peut-on veiller toujours ? Ce bonheur accablant que donne ta présence, Trop vite épuiserait la flamme de mes jours. Le même ange peut-être a regardé nos mères ; Peut-être une seule ame a formé deux enfans. Oui ! la moitié qui manque à tes jours éphémères, Elle bat dans mon sein où tes traits sont vivans ! Sous ce voile de feu j’emprisonne ta vie : Là, je t’aime, innocente, et tu n’aimes que moi : Ah ! si d’un tel repos l’existence est suivie, Je voudrais mourir jeune, et mourir avec toi !