Nadège

Marceline Desbordes-Valmore

Les Pleurs — 1833

Au ciel elle a rendu sa vie, Et doucement s’est endormie, Sans murmurer contre ses lois. Ainsi le sourire s’efface ; Ainsi meurt, sans laisser de trace, Le chant d’un oiseau dans les bois. Elle est aux cieux la douce fleur des neiges ; Elle se fond au bord de son printemps. Voit-on mourir de si jeunes instans ! Mais ils souffraient, mon Dieu ! tu les abréges. Son sort a mis des pleurs dans tous les yeux ! C’était, on croit, l’auréole d’un ange, Tombée à l’ombre et regrettée aux cieux ; D’un peu de vie, oh ! que la mort te venge, Fleur dérobée au front d’un séraphin ! Reprends ton rang avec un saint mystère ; Et ce fil d’or, dont nous pleurons la fin, Va l’attacher autre part qu’à la terre ! Sous les frimas du nord tendre fleur enfermée, Dans la neige et le sang a germé ton destin, Lorsqu’aux plis du drapeau de notre vieille armée, Dieu lui-même abrita ton orageux matin. L’incendie épura leur vieille et sainte gloire ; Toi, ton jeune parfum s’exhale vers les cieux. Nadége ! il restera frais à notre mémoire. Comme le doux regard où tremblaient tes adieux À vingt ans. À vingt ans !