Fileuse (C’est l’oiseau qui passe)

Marceline Desbordes-Valmore

Bouquets et prières — 1843

C’est l’oiseau qui passe, Pleurant dans l’espace ; Et ce chant d’oiseau Suspend mon fuseau : « Nous ne voyons pas la colombe Livrer ses petits au vautour ; Si du nid le plus faible tombe, Elle se lamente à l’entour ; Jamais vers sa tendre couvée Elle n’a guidé le chasseur ; Jamais elle ne s’est privée De ses tourmens pleins de douceur ! » C’est l’oiseau qui passe, Pleurant dans l’espace ; Et ce chant d’oiseau Suspend mon fuseau : « Nous ne voyons pas l’hirondelle Percer le cœur de son enfant ; Tant qu’elle le tient sous son aile, Sa mère l’aime et le défend ; Si quelque beau nuage emporte L’enfant épris d’un autre amour, Ce n’est que quand la mère est morte, Qu’elle n’attend plus son retour ! » C’est l’oiseau qui passe, Pleurant dans l’espace ; Et ce chant d’oiseau Suspend mon fuseau !