Abnégation

Marceline Desbordes-Valmore

Les Pleurs — 1833

Si solitaire, hélas ! et puis si peu bruyante, Tenant si peu d’espace, on me l’envie encor ! Cette pensée est triste, elle entraîne à la mort ; Et, pour s’en reposer, la tombe est attrayante ! C’est la première fois qu’elle a navré mon sein ; À tous les flots amers de ma vie écoulée, Cette goutte de fiel ne s’était pas mêlée ; Personne n’avait dit : « S’en ira-t-elle enfin ! » Oh ! personne ! À présent je suis de trop au monde, Et j’ai hâte, et j’ai peur d’amasser mes instans ; Je trompe une espérance !… En vain je la seconde ; Importune et mourante, on peut vivre long-temps ! Oui, je me presse en vain d’avancer et de vivre. Quelque anneau tient encor mon cœur ; il se rompra. Tout ce que j’aime est frêle et meurt ; et pour vous suivre, Mes chers anneaux brisés, mon cœur se brisera !