Le Beau Jour

Marceline Desbordes-Valmore

Élégies et poésies nouvelles — 1825

J’eus en ma vie un si beau jour, Qu’il éclaire encore mon âme. Sur mes nuits il répand sa flamme ; Il était tout brillant d’amour, Ce jour plus beau qu’un autre jour : Partout, je lui donne un sourire, Mêlé de joie et de langueur ; C’est encor lui que je respire, C’est l’air pur qui nourrit mon cœur. Ah ! que je vis dans ses rayons, Une image riante et claire ! Qu’elle était faite pour me plaire ! Qu’elle apporta d’illusions, Au milieu de ses doux rayons ! L’instinct, plus prompt que la pensée, Me dit, Le voilà ton vainqueur ; Et la vive image empressée, Passa de mes yeux à mon cœur. Quand je l’emporte au fond des bois, Hélas ! qu’elle m’y trouble encore : Que je l’aime ! que je l’adore ! Comme elle fait trembler ma voix, Quand je l’emporte au fond des bois ! J’entends son nom, je vois ses charmes, Dans l’eau qui roule avec lenteur ; Et j’y laisse tomber les larmes, Dont l’amour a baigné mon cœur.