L’Enfant au rameau

Marceline Desbordes-Valmore

Les Pleurs — 1833

Prends ce rameau, jeune fille, Pour voiler tes frêles fleurs ; Porte-le dans ta famille ; Une eau sainte y roule et brille ; Il est trempé de vrais pleurs. Sous l’oreiller de ton père, Glisse ce charme béni ; Par lui, tout songe est prospère ; Soit qu’on tremble ou qu’on espère, Par lui, tout mal est fini. Dis-lui qu’une pauvre femme De loin l’apporte aujourd’hui ; Qu’elle est triste ! et que son ame Prie avec des vœux de flamme, Pour toi, sa fille ! et pour lui. Dis-lui que jamais l’orage N’atteindra son jeune enfant, Et que les flots d’un autre âge Le berceront sans naufrage ; Car le rameau le défend ! Dis-lui de garder la cendre D’une moitié du rameau, Et que s’il peut y descendre, Il vienne un jour la répandre Sur la paix de mon tombeau. Y joindras-tu, jeune fille, Une de tes frêles fleurs, Pour que Dieu dans ta famille Où ta candeur chante et brille, Verse le prix de mes pleurs ?