Prison et Printemps

Marceline Desbordes-Valmore

Bouquets et prières — 1843

Les flots, Plus mollement portent les matelots ; J’entends sur moi passer les hirondelles : Vers vous, Pour m’envoler, climats lointains et doux, Oh ! que mon cœur n’a-t-il reçu comme elles, Des ailes ! Toujours, Pour retourner où couvent les beaux jours, Heureux oiseaux, Dieu vous montre une étoile ; Aux cieux, Ma jeune étoile aussi brille à mes yeux : Mais j’ai rompu comme une frêle toile, Ma voile ! Aux fleurs, Pleines d’encens et d’humides couleurs, Allez puiser le miel de la prairie ; Oiseaux ! Plus près alors affrontez mes réseaux ; Et rapportez à ma lèvre ravie La vie ! Dans l’air, Si vous trouvez la pitié, doux éclair ! Entraînez-la vers la prison qui pleure ; Parfois, Jusqu’au martyr elle a glissé sa voix : Oh ! que sa voix l’enivre avant qu’il meure ; C’est l’heure ! Allez ! Souffles de Dieu, vos destins sont ailés ; Vos chemins bleus n’ont ni clés ni barrière, Mais quoi ! Dans ce désert qui cause votre effroi, Ne croyez pas mon âme prisonnière, Entière ! Souvent Mon âme est libre, et sur le front du vent, Quelque âme au loin l’attire et la rappelle. Bourreaux, Sur cette flamme étendez vos barreaux : Que pouvez-vous sur la pauvre immortelle, Meurt-elle ?