Le Rossignol et la Recluse

Marceline Desbordes-Valmore

Bouquets et prières — 1843

L’air manque à ma voix solitaire, Je m’incline sous mon réseau ; Il faut des ailes à l’oiseau Pour le consoler de la terre ! Le rossignol, dans l’arbre en fleurs, Me fait rêveuse et non savante ; Mais cette musique vivante Arrête quelquefois mes pleurs ! Lui seul m’avait dit : C’est l’aurore : Éveille-toi ; le monde est beau ! Lui seul, dans ma nuit sans flambeau, Dit : Pauvre enfant ! dormez encore ! Non, rossignol, je ne dors pas, Car vos chants sont dans mon oreille ; Et si l’on croit que je sommeille, C’est que je vous réponds tout bas : Allez dire à ma douce mère Qu’elle me reprenne aujourd’hui, Sous peine de tristesse amère : Sinon, Dieu prendra tout pour lui !