Poètes et poétesses

Jules Laforgue

Mort à vingt-sept ans, il a inventé le vers libre français : Jules Laforgue (1860-1887), et l'ironie tendre qui va avec.

Poète français né en Uruguay, symboliste, et l'un des inventeurs du vers libre.

Il naît le 16 août 1860 à Montevideo, où son père est employé de banque, et arrive en France à six ans. Il est élevé à Tarbes, puis à Paris. Il échoue au baccalauréat de philosophie, renonce aux études, et se met à la poésie et à la critique d'art.

En 1881, à vingt et un ans, il obtient un poste inattendu : **lecteur de l'impératrice Augusta d'Allemagne**, à Berlin. Cinq années de salaire régulier, de cour, d'ennui aussi, et le temps d'écrire. C'est de là que sortent ses deux livres publiés de son vivant, *Les Complaintes* (1885) et *L'Imitation de Notre-Dame la Lune* (1886). Il épouse en 1886 une Anglaise, Leah Lee, rentre à Paris, et meurt de la tuberculose le 20 août 1887, quatre jours après ses vingt-sept ans. Sa femme mourra du même mal l'année suivante.

Ce qu'il apporte tient en peu de mots et se lit tout de suite : il fait entrer dans le vers la langue parlée, les points de suspension, les exclamations, les mots forgés, la plaisanterie au milieu du chagrin. Ses Pierrots lunaires disent leur désespoir sur le ton d'une conversation de salon. Charles Dantzig fait remonter à lui la ponctuation de Céline.

Et surtout, avec les *Derniers vers*, il quitte la rime et le compte des syllabes : **c'est là que le vers libre français commence**, et c'est ce que le corpus n'avait pas. T. S. Eliot, Ezra Pound et une grande partie de la poésie anglaise du XXe siècle passeront par lui.

Petit Poème réunit 168 de ses poèmes, en six ensembles : *Le Sanglot de la Terre* (1901, écrit puis abandonné entre 1878 et 1883), *Les Complaintes* (1885), *L'Imitation de Notre-Dame la Lune* (1886), *Le Concile féerique* (1886), *Des Fleurs de bonne volonté* et les *Derniers vers* (1890, tous deux posthumes). Ses *Moralités légendaires* restent dehors : ce sont des contes en prose.