Complainte des Mounis du Mont-Martre

Jules Laforgue

Les Complaintes — 1885

Dire que, sans filtrer d’un divin Cœur, Un air divin, et qui veut que tout s’aime, S’in-Pan-filtre, et sème Ces vols d’oasis folles de blasphèmes Vivant pour toucher quelque part un Cœur… Un tic tac froid rit en nos poches, Chronomètres, réveils, coucous ; Faut remonter ces beaux joujoux, Œufs à heures, mouches du coche, Là-haut s’éparpillant en cloches… Voici le soir, Grince, musique Hypertrophique Des remontoirs ! Dire que Tout est un Très Sourd Mystère ; Et que le Temps, qu’on ne sait où saisir, Oui, pour l’avertir ! Sarcle à jamais les bons soleils martyrs, Ô laps sans digues des nuits du Mystère !… Allez, coucous, réveils, pendules ; Escadrons d’insectes d’acier, En un concert bien familier, Jouez sans fin des mandibules, L’Homme a besoin qu’on le stimule ! Sûrs, chaque soir, De la musique Hypertrophique Des remontoirs ! Moucherons, valseurs d’un soir de soleil, Vous, tout comme nous, nerfs de la nature, Vous n’avez point cure De ce que peut être cette aventure : Les mondes penseurs s’errant au Soleil ! Triturant bien l’heure en secondes, En trois mil six cents coups de dents, De nos parts au gâteau du Temps Ne faites qu’un hachis immonde Devant lequel on se morfonde ! Sûrs, chaque soir, De la musique Hypertrophique Des remontoirs ! Où le trouver, ce Temps, pour lui tout dire, Lui mettre le nez dans son Œuvre, un peu ! Et cesser ce jeu ! C’est vrai, la Métaphysique de Dieu Et ses amours sont infinis ! — mais, dire… Ah ! plus d’heure ? fleurir sans âge ? Voir les tableaux lents des Saisons Régir l’écran des horizons, Comme autant de belles images D’un même Aujourd’hui qui voyage ? Voici le soir ! Grince, musique Hypertrophique Des remontoirs !