La mélancolie de Pierrot

Jules Laforgue

Des Fleurs de bonne volonté — 1890

Le premier jour, je bois leurs yeux ennuyés… Je baiserais leurs pieds, À mort. Ah ! qu’elles daignent Prendre mon cœur qui saigne ! Puis on cause… — et ça devient de la Pitié, Et enfin je leur offre mon amitié. C’est de pitié, que je m’offre en frère, en guide ; Elles, me croient timide, Et clignent d’un œil doux : « Un mot, je suis à vous ! » (Je te crois.) Alors, moi, d’étaler les rides De ce cœur, et de sourire dans le vide… Et soudain j’abandonne la garnison, Feignant de trahisons ! (Je l’ai échappé belle !) Au moins, m’écrira-t-elle ? Point. Et je la pleure toute la saison… — Ah ! j’en ai assez de ces combinaisons ! Qui m’apprivoisera le cœur ! belle cure… Suis si vrai de nature ! Aie la douceur des sœurs ! Oh viens ! suis pas noceur, Serait-ce donc une si grosse aventure Sous le soleil ? dans toute cette verdure…