Complainte des bons Ménages

Jules Laforgue

Les Complaintes — 1885

L’Art sans poitrine m’a trop longtemps bercé dupe. Si ses labours sont fiers, que ses blés décevants ! Tiens, laisse-moi bêler tout aux plis de ta jupe Qui fleure le couvent. Le Génie avec moi, serf, a fait des manières ; Toi, jupe, fais frou-frou, sans t’inquiéter pourquoi, Sous l’œillet bleu de ciel de l’unique théière, Sois toi-même, à part moi. Je veux être pendu, si tu n’es pas discrète Et comme il faut, vraiment ! Et d’ailleurs tu m’es tout. Tiens, j’aimerai les plissés de ta collerette Sans en venir à bout. Mais l’Art, c’est l’Inconnu ! qu’on y dorme et s’y vautre, On peut ne pas l’avoir constamment sur les bras ! Eh bien, ménage au vent ! Soyons Lui, Elle et l’Autre. Et puis, n’insistons pas.