La Chanson du Petit hypertrophique

Jules Laforgue

Le Sanglot de la Terre — 1901

C’est d’un’ maladie d’ cœur Qu’est mort’, m’a dit l’ docteur, Tir-lan-laire ! Ma pauv’ mère ; Et que j’irai là-bas, Fair’ dodo z’avec elle. J’entends mon cœur qui bat, C’est maman qui m’appelle ! On rit d’ moi dans les rues, De mes min’s incongrues La-i-tou ! D’enfant saoul ; Ah ! Dieu ! C’est qu’à chaqu’ pas J’étouff’, moi, je chancelle ! J’entends mon cœur qui bat, C’est maman qui m’appelle ! Aussi j’ vais par les champs Sangloter aux couchants, La-ri-rette ! C’est bien bête. Mais le soleil, j’ sais pas, M’ semble un cœur qui ruisselle ! J’entends mon cœur qui bat, C’est maman qui m’appelle ! Ah ! si la p’tite Gen’viève Voulait d’ mon cœur qui s’ crève. Pi-lou-i ! Ah, oui ! J’ suis jaune et triste, hélas ! Elle est ros’, gaie et belle ! J’entends mon cœur qui bat, C’est maman qui m’appelle ! Non, tout le monde est méchant, Hors le cœur des couchants, Tir-lan-laire ! Et ma mère, Et j’ veux aller là-bas Fair’ dodo z’avec elle… Mon cœur bat, bat, bat… Dis, Maman, tu m’appelles ?