Sieste éternelle

Jules Laforgue

Le Sanglot de la Terre — 1901

Le blanc soleil de juin amollit les trottoirs. Sur mon lit, seul, prostré comme en ma sépulture (Close de rideaux blancs, œuvre d’une main pure), Je râle doucement aux extases des soirs. Un relent énervant expire d’un mouchoir Et promène sur mes lèvres sa chevelure Et, comme un piano voisin rêve en mesure, Je tournoie au concert rythmé des encensoirs. Tout est un songe. Oh ! viens, corps soyeux que j’adore, Fondons-nous, et sans but, plus oublieux encore ; Et tiédis longuement ainsi mes yeux fermés. Depuis l’éternité, croyez-le bien, Madame, L’Archet qui sur nos nerfs pince ces tristes gammes Appelait pour ce jour nos atomes charmés.