Célibat, célibat, tout n’est que célibat

Jules Laforgue

Des Fleurs de bonne volonté — 1890

Sucer la chair d’un cœur élu, Adorer de souffrants organes, Être deux avant qu’on se fane ! Ne serai-je qu’un monomane Dissolu Par ses travaux de décadent et de reclus ? Partout, à toute heure, le thème De leurs toilettes, de leurs airs, Des soirs de plage aux bals d’hiver, Est : « Prenez ! ceci est ma chair ! » Et nous-mêmes, Nous leurs crions de tous nos airs : « À moi ! je t’aime ! Et l’on se salue, et l’on feint… Et l’on s’instruit dans des écoles, Et l’on s’évade et l’on racole De vénales et tristes folles ; Et l’on geint En vers, en prose. Au lieu de se tendre la main ! Se serrer la main sans affaires ! Selon les cœurs, selon les corps ! Trop tard. Des faibles et des forts Dans la curée des durs louis d’or… Pauvre Terre ! Histoire Humaine ; — histoire d’un célibataire…