Complainte des Complaintes

Jules Laforgue

Les Complaintes — 1885

Maintenant, pourquoi ces complaintes ? Gerbes d’ailleurs d’un défunt Moi Où l’ivraie art mange la foi ? Sot tabernacle où je m’éreinte À cultiver des roses peintes ? Pourtant ménage et sainte-table ! Ah ! ces complaintes incurables, Pourquoi ? pourquoi ? Puis, Gens à qui les fugues vraies Que crie, au fond, ma riche voix — N’est-ce pas, qu’on les sent parfois ? — Attoucheraient sous leurs ivraies Les violettes d’une Foi, Vous passerez, imperméables À mes complaintes incurables ? Pourquoi ? pourquoi ? Chut ! tout est bien, rien ne s’étonne. Fleuris, ô Terre d’occasion, Vers les mirages des Sions ! Et nous, sous l’Art qui nous bâtonne, Sisyphes par persuasion, Flûtant des christs les vaines fables, Au cabestan de l’incurable Pourquoi ! — Pourquoi ?