Soirs de fête

Jules Laforgue

Des Fleurs de bonne volonté — 1890

Je suis la Gondole enfant chérie Qui arrive à la fin de la fête, Pour je ne sais quoi, par bouderie, (Un soir trop beau me monte à la tête !) Me voici déjà près de la digue ; Mais la foule sotte et pavoisée, Ah ! n’accourt pas à l’Enfant Prodigue ! Et danse, sans perdre une fusée… Ah ! c’est comme ça, femmes volages ! C’est bien. Je m’exile en ma gondole (Si frêle !) aux mouettes, aux orages, Vers les malheurs qu’on voit au Pôle ! — Et puis, j’attends sous une arche noire… Mais nul ne vient ; les lampions s’éteignent ; Et je maudis la nuit et la gloire ! Et ce cœur qui veut qu’on me dédaigne !