Petites misères d’août

Jules Laforgue

Des Fleurs de bonne volonté — 1890

Oh ! quelle nuit d’étoiles, quelles saturnales ! Oh ! mais des galas inconnus Dans les annales Sidérales ! Bref, un Ciel absolument nu ! Ô Loi du Rythme sans appel ! Que le moindre Astre certifie Par son humble chorégraphie, Mais nul spectateur éternel. Ah ! la Terre humanitaire N’en est pas moins terre-à-terre ! Au contraire. La Terre, elle est ronde Comme un pot-au-feu, C’est un bien pauv’ monde Dans l’infini bleu. Cinq sens seulement, cinq ressorts pour nos essors… Ah ! ce n’est pas un sort ! Quand donc nos cœurs s’en iront-ils en huit ressorts ! Oh ! le jour, quelle turne ! J en suis tout taciturne. Oh ! ces nuits sur les toits ! Je finirai bien par y prendre froid. Tiens, la Terre, Va te faire Très lan-laire ! — Hé ! pas choisi D’y naître, et hommes ! Mais nous y sommes, Tenons-nous-y. La pauvre Terre, elle est si bonne !… Oh ! désormais je m’y cramponne De tous mes bonheurs d’autochtone. Tu te pâmes, moi je me vautre. Consolons-nous les uns les autres.