Farce éphémère

Jules Laforgue

Le Sanglot de la Terre — 1901

Non ! avec ses Babels, ses sanglots, ses fiertés, L’Homme, ce pou rêveur d’un piètre mondicule, Quand on y pense bien est par trop ridicule, Et je reviens aux mots tant de fois médités. Songez ! depuis des flots sans fin d’éternités, Cet azur qui toujours en tous les sens recule, De troupeaux de soleils à tout jamais pullule, Chacun d’eux conduisant des mondes habités… Mais non ! n’en parlons plus ! c’est vraiment trop risible ! Et j’ai montré le poing à l’azur insensible ! Qui m’avait donc grisé de tant d’espoirs menteurs ? Éternité ! pardon. Je le vois, notre terre N’est, dans l’universel hosannah des splendeurs, Qu’un atome où se joue une farce éphémère.