Complainte à Notre-Dame des Soirs

Jules Laforgue

Les Complaintes — 1885

L’Extase du soleil, peuh ! La Nature, fade Usine de sève aux lymphatiques parfums. Mais les lacs éperdus des longs couchants défunts Dorlotent mon voilier dans leurs plus riches rades, Comme un ange malade… Notre-Dame des Soirs, Que Je vous aime sans espoir ! Lampes des mers ! blancs bizarrants ! mots à vertiges ! Axiomes in articulo mortis déduits ! Ciels vrais ! Lune aux échos dont communient les puits ! Yeux des portraits ! Soleil qui, saignant son quadrige, Cabré, s’y crucifige ! Ô Notre-Dame des Soirs, Certes, ils vont haut vos encensoirs ! Eux sucent des plis dont le frou-frou les suffoque ; Pour un regard, ils battraient du front les pavés ; Puis s’affligent sur maint sein creux, mal abreuvés ; Puis retournent à ces vendanges sexciproques. Et moi, moi, Je m’en moque ! Oui, Notre-Dame des Soirs, J’en fais, paraît-il, peine à voir. En voyage, sur les fugitives prairies, Vous me fuyez ; ou du ciel des eaux m’invitez ; Ou m’agacez au tournant d’une vérité ; Or vous ai-je encor dit votre fait, je vous prie ? Ah ! coquette Marie, Ah ! Notre-Dame des Soirs, C’est trop pour vos seuls Reposoirs ! Vos Rites, jalonnés de sales bibliothèques, Ont voûté mes vingt ans, m’ont tari de chers goûts. Verrai-je l’oasis fondant au rendez-vous, Où… vos lèvres (dit-on !) à jamais nous dissèquent ? Ô Lune sur la Mecque ! Notre-Dame, Notre-Dame des Soirs, De vrais yeux m’ont dit : au revoir !