Poètes et poétesses

Blanche Sari-Flégier

Fille de portefaix marseillaise, Blanche Sari-Flégier (1852-1914) chanta l'Armor sans être bretonne et Napoléon sans être corse — on l'y crut des deux.

Poétesse, romancière et journaliste marseillaise de la fin du XIXe siècle, auteure de six recueils et d'une poésie souvent mise en musique.

Blanche Flégier naît à Marseille le 4 mai 1852, fille de Louis Raymond Flégier, portefaix, et de Thérèse Antoinette Astoin. Son frère aîné Ange, né en 1846, devient compositeur : on lui doit ces Stances que tout baryton du siècle a chantées, et il met en musique nombre des vers de sa sœur. C'est par là que la maison entre en littérature, et par là que Blanche y reste.

Elle adhère à la SACEM comme auteure le 22 janvier 1883, signe des chroniques dans la presse — le Supplément littéraire illustré du Petit Parisien, Le Petit Journal, le Mercure de France — et donne au journal satirique Le Triboulet des textes sous deux pseudonymes, « Jean de Malmousque », du nom d'une anse marseillaise, et « K. Dy ». En 1891 elle épouse Ignace Sari, capitaine ajaccien décoré de la Légion d'honneur et ancien soldat du Second Empire ; elle est veuve en 1906.

Ce qui la distingue tient dans une remarque de Michel Zévaco, qui préface son recueil de 1897 : elle « n'est ni corse, ni bretonne », et elle a pourtant chanté l'Armor comme un poète de Douarnenez et l'Empereur en véritable Ajaccienne. Le trait n'est pas une galanterie de préfacier. Ses Chansons de l'Armor prennent la langue des complaintes de mer — le mousse noyé, le glas, la ronde du naufrage, des couplets courts qui se retiennent comme des chansons —, tandis que ses sonnets napoléoniens se datent par millésimes, 1769, 1796, 1812, et suivent l'Aigle de Toulon à Sainte-Hélène. Deux mondes qu'elle tenait de son mariage et de rien d'autre.

L'œuvre s'échelonne sur vingt ans. Brumes et Rayons paraît en 1890, La Suprême Espérance en 1896, Visions d'épopée chez Léon Vanier en 1897 — volume qui réunit aussi Quelques Maîtres, portraits en vers de Bach, Beethoven, Berlioz ou Bizet, Harpes et Violons et les Chansons de l'Armor. La prose suit le même rythme : Joséphin, roman spirite, en 1897, puis L'Humaine Détresse en 1907. Le spiritisme, la théosophie et la peinture l'occupent autant que les lettres classiques.

Elle meurt à Marseille le 6 juin 1914, à soixante-deux ans, quelques semaines avant la guerre qui allait rendre sa légende impériale illisible.