Phébé

Blanche Sari-Flégier

Brumes et Rayons — 1897

Le vent pleure et gémit comme une âme en détresse Et chasse devant lui les nuages épars Qui s'envolent, pareils à des spectres hagards, Pendant qu'à l'horizon s'élève la déesse. Elle donne à la terre un long regard d'ennui, Et monte lentement, pâle, blonde et sans voiles, Effaçant les clartés tremblantes des étoiles Qui brillent au manteau bleuâtre de la nuit. Et la mer resplendit sous le blanc clair de Lune Qui teint les vieux rochers d'un jour mystérieux. La vague mugit comme un taureau furieux Et ravine, à grand bruit, le sable sur la dune. Mais le vent âpre et froid ne cesse d'écarter Les nuages croulant en moelleuse avalanche, Où l'on croit voir Phébé reposer toute blanche, Lorsqu'elle est alanguie et lasse de monter. Une inflexible loi l'a-t-elle condamnée A verser à la nuit, à l'abîme, à l'écueil, Ses rayons et ses pleurs, telle qu'une âme en deuil, Et vers le désespoir sans cesse ramenée ? Elle regrette encor le bel Endymion, Et vainement ses feux percent l'antique érable, Sous lequel reposait ce mortel adorable Qu'elle venait baiser d'un amoureux rayon.