Nocturne (Sous la lune qui, dans l'Ether, vogue tranquille)

Blanche Sari-Flégier

Brumes et Rayons — 1897

Sous la lune qui, dans l'Ether, vogue tranquille, Mer, tu rêves, le sein soulevé d'un soupir... Et ton manteau d'argent où tu vas t'assoupir Fait paraître, plus noir, le bord de la presqu'île. Tu restes froide, ô mer, sous la lueur stérile De cet astre dont le baiser te fait pâlir... Tu songes au soleil qui vient s'ensevelir Chaque soir, dans tes flots, lorsque la nuit l'exile ! Mais la lune descend là-bas, à l'horizon... Et chaque étoile, aux cieux, divine floraison, Refait briller, sur toi, sa corolle de flamme Dont les feux piquent d'or, tes ondes tour à tour, Jusqu'à l'heure où l'aurore, en effleurant la lame, T'annonce, du soleil, le triomphant retour !