Souvenir
Blanche Sari-Flégier
Harpes et Violons — 1897
Je garde dans mon coeur, comme dans un doux nid,
L'oiseau du souvenir, qui doucement sommeille...
Mais parfois, en tombant, un pleur brûlant l'éveille ;
Il se redresse alors et son oeil pur pâlit.
Puis dans un coin obscur, tout triste il se blottit;
Recueille, avec amour, sur sa plume vermeille,
Cette pure rosée à nulle autre pareille,
Et tranquille, apaisé, de nouveau s'assoupit...
Hélas ! depuis longtemps, seul en sa triste cage,
Bien bas il fait ententre un douloureux ramage ;
Mais, tout à coup craintif, il redevient muet,
Et cache, effarouché, sa tête sous son aile...
Alors je le console et lui parle en secret...
Et nous restons, ainsi, l'un à l'autre fidèle !