Chanson printanière

Blanche Sari-Flégier

Brumes et Rayons — 1897

Te voilà revenu parmi nous, ô Printemps, Jeune magicien, dieu des métamorphoses, Qui touches les forêts du bout de tes doigts roses, Pour redonner la sève à leurs coeurs palpitants.., Tu cours d'un pas léger sur le sein des étangs... Tes délicats baisers qui font pâmer les roses Dans les plis empourprés de leurs robes décloses. Font miauler d'amour les tigres haletants. Drapé dans ton manteau que mille fleurs décorent, Gracieux échanson, à tous ceux qui t'adorent, Tu verses, à pleins bords, l'ambroisie et le miel. Mais ton plus pur amour est pour la jeune Terre, Qui, toute rougissante, accourt à ton appel, Et livre, à tes baisers, son corps plein de mystère.