Solus
Blanche Sari-Flégier
Brumes et Rayons — 1897
Voyez sur l'âpre mont ce vieux pin parasol
Dont le pied de géant, incrusté dans le sol,
Résiste au vent, à la tempête...
Ainsi qu'un roi captif, en ce lieu désolé,
Loin de son peuple ingrat et farouche, exilé,
Il penche tristement la tête...
Hélas, pour alléger le faix de ses douleurs,
Autour de lui ni gais ruisseaux, ni prés en fleurs;
Point de moissons que Juillet dore !
Rien que les vents glacés pour tordre dans la nuit,
Ses rameaux éperdus vers la voûte qui luit,
Vers un dieu cruel qu'il implore...
Le temps, seul, finira cette captivité...
Le vieux pin doit mourir où le sort l'a jeté ;
Et, par sa puissante racine,
A l'inflexible roc enchaîné pour toujours,
Il laissera couler, regardant fuir les jours,
Ses froides larmes de résine.