Cléopâtre
Blanche Sari-Flégier
Brumes et Rayons — 1897
Assise sur un trône orné de sphinx d'ivoire,
Cléopâtre, alanguie, écoute les soupirs
Qu'exale de son sein, éperdu de désirs,
Le valeureux Romain oublieux de sa gloire.
Sur eux plane, alourdi, l'aigle de la victoire...
Il cherche à réveiller les mâles souvenirs
De Marc-Antoine en proie à d'énervants plaisirs,
Et qui, de ses hauts faits, perd l'illustre mémoire.
Son aile effleure en vain le front de ce vainqueur
Qui s'enivre d'amour, étouffant dans son coeur
Le remords dont la voix s'élève accusatrice.
Mais la Reine sourit, fière de sa beauté
Qui, plus forte que tout, et sans nul artifice,
Le couche sous ses pieds comme un lion dompté.