Le Lion de Némée
Blanche Sari-Flégier
Brumes et Rayons — 1897
Dans la verte vallée, où le chant des oiseaux
Se mêle au doux parfum de la brise embaumée,
On entendait rugir le lion de Némée
Qui lentement marchait écrasant les roseaux.
Il s'arrête, soudain, sur le bord bleu des eaux ;
Ouvre, en voyant Hercule, une gueule affamée ;
Mais la lourde massue, aussitôt imprimée
Dans sa tête au poil roux, fait éclater ses os.
Par un suprême effort, son énorme machoire
Se contracte... et ses dents, d'un éclatant ivoire,
Mordent légèrement la main du Grand Vainqueur.
Alcide, souriant, prend la bête tremblante,
La dépouille, regarde encor battre son coeur...
Et s'enveloppe, fier, dans cette peau sanglante.