Nocturne (O chiens dont les abois vibrent dans l'ombre noire)
Blanche Sari-Flégier
Brumes et Rayons — 1897
O chiens dont les abois vibrent dans l'ombre noire,
J'aime à vous écouter, la nuit, lorsque tout dort !
A qui donc jappez-vous?... Est-ce à la lune d'or
Qui met sur vos manteaux de poils toute sa gloire ?
Vous voyez-vous, en songe, allant à la victoire,
Devant Diane fière, au bruit joyeux du cor
Dont la fanfare claire, au loin, résonne encor,
Tandis que vous montrez vos luisants crocs d'ivoire ?
Or, votre rêve est vain... la lune, dans la nuit,
Comme une nef d'argent vogue, vogue sans bruit...
Sa fuite remet l'ombre au seuil des bergeries...
Mais l'Aurore, pour vous, va sonner le réveil,
Afin que vous alliez, par les landes fleuries,
Veiller sur les troupeaux paissant sous le soleil !