Lamento

Blanche Sari-Flégier

Harpes et Violons — 1897

Rien ne me touche plus !... Ni l'or du soir qui tombe ; Ni les fleurs dans les prés ; ni les astres aux cieux ; Ni même au champ de paix le marbre d'une tombe... Et mon âme attristée est comme la colombe Que l'oiseleur retient loin de son nid joyeux. Rien ne me parle plus !... La nature est muette... Et l'horizon, le soir, semble voilé de deuil... Les oiseaux se sont tus... Et ma douleur secrète, A l'abri des regards, dans mon coeur de poète, Seule, pleure et gémit comme dans un cercueil! Là repose l'amour qu'avait rêvé mon âme... Et rien ne pourra plus l'éveiller désormais... Car il ne reste, hélas ! de cette pure flamme Que de la cendre froide, et ma douleur de femme L'arrose encor de pleurs pour l'éteindre à jamais !...