Le Soir
Blanche Sari-Flégier
Brumes et Rayons — 1897
La fournaise des cieux qui s'éteint sur les îles
Laisse un fauve reflet à ces roches stériles
Que la mer, de ses bras, entoure mollement..,
Le soir mélancolique et chargé de pensées
Semble sortir des flots, et, dans l'éloignement,
L'ombre, lente, envahit les voiles dispersées...
On entrevoit à peine au fond des chemins creux,
Les bouviers attardés, aiguillonnant leurs boeufs
Dont les mugissements vont mourir dans l'espace...
La Lune de ses pleurs va baigner le coteau ;
Tout se tait... Et la nuit, souveraine qui passe,
Déroule, dans les cieux, les plis de son manteau...
Le phare à l'horizon, vieux cyclope de pierre,
Soulève brusquement sa pesante paupière,
Et darde, sur les eaux, son regard flamboyant...
Le sable amoncelé s'écroule sous la vague
Qui le creuse et l'emporte après elle en fuyant...
On entend sourdre, au loin, comme une plainte vague.