Au coin du Feu

Blanche Sari-Flégier

Brumes et Rayons — 1897

Funèbre jour d'hiver. Dans les cieux ardoisés, Des nuages, hagards, roulent leur masse sombre... Devant l'àtre rougi, que le bois mort encombre, J'écoute un chant qui sort des tisons embrasés : « L'Eternel nous créa !... L'Homme nous a brisés !... Nous n'écouterons plus chanter les nids sans nombre, Et ne verserons plus la fraîcheur de notre ombre Aux amoureux dont nous comptions les doux baisers ! Nous, c'était le Soleil qui caressait nos têtes !... Mais le Printemps sacré n'a, pour nous, plus de fêtes... L'homme, avec sa cognée, a vidé notre coeur !... » Et le mien répondit : « Chacun paye la somme Dont il est redevable au sort, de tous vainqueur — La cognée abat l'arbre, et la souffrance l'homme ! »