Tristitia

Blanche Sari-Flégier

Harpes et Violons — 1897

Tandis que, lentement, la veilleuse se meurt Et projette, en tremblant, sa lueur dans l'alcôve, Je vois au pied du lit un fantôme, à l'oeil fauve, Qui, muet, me regarde avec un air moqueur. Ce fantôme, c'est toi ! Sinistre, tu te penches Sur mon sein ; et je sens, comme un affreux scapel, Ta main fouiller mon coeur, sanctuaire immortel Où l'amour pur avait caché ses ailes blanches. Tu déchires ce coeur où ton nom est gravé... Que lui reproches-tu ? de n'avoir pas su feindre ?... Foule-le sous tes pieds... Tu ne pourras éteindre Cet amour, mon bonheur, que tu m'as enlevé ! Mais l'amour renaîtra sous la chaude rosée Qui coule de mes yeux et tombe sur mon sein, Pendant que s'en iront planer sur ton destin, Les bénédictions de mon âme apaisée !...