Au Mas

Blanche Sari-Flégier

Brumes et Rayons — 1897

L'été, quand le soleil à l'horizon décline, Et que l'ombre du soir s'étend sur la colline, C'est un riant tableau de voir Les troupeaux de brebis, que la chaleur altère, Se presser alentour du vieux puits solitaire, Pendant que s'emplit l'abreuvoir. Et la corde du puits que le berger déplie, Fait grincer lentement la criarde poulie A laquelle pend le grand seau, D'où l'eau fraîche, aux tons bleus, à gros bouillons s'échappe, Effrayant l'agnelet, qui, plus timide, lape L'onde courante du ruisseau... Au détour du chemin quelque lourde charrette Dont les bêtes ont soif, péniblement s'arrête... Et l'on voit, lé long du sentier, Les chevaux altérés, venir, d'un trot rapide, Appuyer leur naseaux sur la margelle humide En attendant le charretier. Puis, aux sons doux et gais d'un noël de Provence, Un chariot, traîné par des mulets, s'avance Portant les foins mûrs empilés ; Tandis que les faneurs, la fourche sur l'épaule, Pour les faire avancer, frappent, à coups de gaule, Leurs flancs amaigris et pelés. Les hommes, écartant leur chemise grossière, Lavent leur cou bruni, maculé de poussière; Chacun parle de ses travaux ; Et de tous les côtés, les femmes accourues Pour aider à l'époux ramenant les charrues, Font boire les boeufs, les chevaux. Mais la nuit qui survient, tout à coup, les disperse.,. On n'entend plus que l'eau qui, lente, se déverse Dans la rigole du chemin. .. Et le doux tintement de la frêle clochette Des brebis qui s'en vont en balançant leur tête, Reposer jusqu'au lendemain.