Larmes
Blanche Sari-Flégier
Harpes et Violons — 1897
Quand au lever du jour l'alouette joyeuse,
Secouant le duvet de son aile soyeuse,
Commence sa chanson et quitte les guérets,
Elle charme l'écho de ses notes perlées,
Et, tantôt dans les bois, tantôt dans les vallées,
Vole sans nul souci du chasseur et des traits.
Mais du miroir fatal qui tourne dans la plaine,
Le magique pouvoir, du fond des cieux, entraîne
L'oiseau qui vient s'abattre aux pieds de l'oiseleur...
L'homme est alors saisi d'une vaine tendresse ;
Il voudrait le revoir voler plein d'allégresse,
Et de la vie encor lui rendre la chaleur.
Telle, je pris mon vol au matin de ma vie,
Vers le bleu paradis où l'amour nous convie...
Hélas ! je n'ai trouvé qu'un bois plein de cyprès,
Où, funèbre chasseur, toi que j'aime, ô mon rêve,
Sans voir couler mes pleurs, tu ne me donnes trêve,
Anxieux de ma mort dont tu fais les apprêts !
Et lorsque tu m'auras à tes pieds étendue,
Tu sentiras, de même, en ton âme éperdue,
Naître l'amer regret d'avoir brisé ce coeur
Qui s'envolait, vers toi, sur des ailes de flamme,
Et t'apportait l'amour, cet éternel dictame,
Qui, seul, peut de la vie adoucir la rancoeur !