Poètes et poétesses

Élisa Mercœur

Déposée nouveau-née à l'hospice de Nantes, Élisa Mercœur (1809-1835) était à dix-huit ans la « Muse armoricaine » que remerciait Chateaubriand.

Poétesse du premier romantisme français, prodige célébrée par les salons de la Restauration, morte avant d'avoir pu tenir ce qu'on attendait d'elle.

Elle naît le 24 juin 1809, sans doute à Saint-Sébastien-sur-Loire, et se retrouve trois jours plus tard à l'hospice de Nantes. C'est un commissaire de police qui lui donne, le 28 juin, le nom sous lequel on la lira. Sa mère, Adélaïde Aumand, lingère, la reprend en avril 1811 et l'élève seule. L'enfant apprend vite et beaucoup : à seize ans, elle publie déjà dans le Lycée armoricain.

En 1827, la Société académique de Nantes se l'attache et l'imprimeur Mellinet-Malassis fait paraître ses Poésies. Elle les a dédiées à Chateaubriand, qui la remercie et lui promet la gloire. On la surnomme la Muse armoricaine ; une seconde édition, augmentée de six pièces, suit en 1830. Montée à Paris, elle obtient une pension de trois cents francs que le ministre de Martignac porte à douze cents.

Puis tout se retire en trois ans. La révolution de 1830 emporte les pensions, et Casimir Delavigne obtient qu'on lui en rende neuf cents. Elle a écrit une tragédie en cinq actes, Boabdil, qu'elle présente au comité de la Comédie-Française le 3 mai 1831 : reçue, puis écartée par le baron Taylor. Elle vit dès lors de vers de circonstance — un mariage, des funérailles, une souveraine, un ministre —, et vingt-deux des soixante-quatorze pièces que Petit Poème conserve d'elle portent en titre le nom de quelqu'un dont elle attendait quelque chose. Ce sommaire dit, mieux qu'une notice, ce qu'était le métier de femme de lettres sans fortune sous la monarchie de Juillet : on écrit à Guizot, à l'amiral Halgan, à la duchesse de Berri, et l'on remercie en alexandrins.

Elle meurt d'une maladie de poitrine à Paris le 7 janvier 1835, à vingt-cinq ans. Sa mère lui survit et emploie les années suivantes à la faire lire : les Œuvres complètes paraissent en 1843, en trois volumes, précédées des mémoires qu'elle a rédigés sur sa fille, et rassemblent la poésie, le théâtre et la prose. Marceline Desbordes-Valmore y a joint un « À Elisa Mercœur » de cent deux vers. Petit Poème donne les 74 poèmes de cette édition, « Adieux à l'Existence » et « Le Cimetière » compris, mais ni Boabdil ni les récits en prose, qui n'appartiennent pas à ce catalogue.