À S. Exe. le ministre des travaux publics
Élisa Mercœur
Œuvres complètes d’Élisa Mercœur — 1843
Le printemps est plus doux après un long hiver.
À cet accueil plein de douceur
Que la bonté sait prendre et qu’elle seule inspire,
À cet air qui semble vous dire :
Avancez sans effroi, c’est vers un protecteur
Que le sort favorable aujourd’hui vous amène ;
Si vous souffrez, dites-moi votre peine,
Ne craignez pas, répondez ; car mon cœur
N’est jamais froid et sourd à la voix du malheur !
Oui, j’ai cru que le ciel le rendait à la terre,
Cet homme généreux, qui pour moi, comme un père,
Versait à la fois ses bienfaits
Sur mes besoins et sur ma gloire ,
Et dont le souvenir, culte de mes regrets,
Par la reconnaissance est gravé pour jamais
Dans mon cœur et dans ma mémoire !
Mais vous m’avez dit : « Du courage ! »
J’en ai besoin. Ma vie a souffert tant de maux !
Ballotté par les vents qui déchaînent leur rage,
Mon frêle esquif sans rame, égaré sur les flots,
Se voit menacé du naufrage ;
Et si, parfois, mes yeux pensent apercevoir
Un riant et prochain rivage,
Ce n’est jamais, ô désespoir !
Que l’imposture d’un mirage !
Mais si pourtant du bord je pouvais m’approcher,
De mon esquif errant devenu le nocher,
Pilote habile et tutélaire,
Si vous disiez aux flots d’apaiser leur courroux,
Aux vents de dompter leur colère ;
Si, poussant ma barque légère,
Un zéphir bienfaisant, au souffle calme et doux,
Seul respirant sur l’onde où je vogue incertaine,
Vers quel bord le destin m’entraîne,
Je pouvais sur la rive aborder, grâce à vous,
Ma voix, de vos bienfaits consacrant la mémoire,
Dans ma reconnaissance, au charme inspirateur,
Heureuse, j’essaîrais d’acquitter par la gloire
Ma dette envers mon bienfaiteur !