Le Tasse

Élisa Mercœur

Œuvres complètes d’Élisa Mercœur — 1843

Longtemps comme une chaîne il traîna l’existence, L’épine se courbait à chacun de ses pas. Victime qu’accablaient l’infortune et la gloire, Il fléchit sous un poids de génie et d’amour ; À force de souffrance il paya sa mémoire : L’orage était au cœur, il dura tout le jour. En vain au souvenir d’Éléonore absente, Ses pleurs coulaient unis aux larmes d’une sœur ; Pour s’exiler encore il fuit le doux Sorrente ; Son âme qui le suit, emporte sa douleur. Mais la palme attendait son front sans diadème ; Il voit d’un œil sans pleurs d’inutiles apprêts ; À l’airain funéraire échappe un cri suprême, Et le Tasse n’obtient qu’un laurier pour cyprès. L’égoïste raison accusait sa démence, Elle insultait celui qu’elle n’entendait pas ; Long-temps comme une chaîne il traîna l’existence, L’épine se courbait à chacun de ses pas. Son œil vit au berceau l’infortune et la gloire, Il fléchit sous un poids de génie et d’amour ; De son tourment sublime il paya sa mémoire : L’orage était au cœur, il dura tout le jour.