À S. A. R. monseigneur le duc d’Orléans

Élisa Mercœur

Œuvres complètes d’Élisa Mercœur — 1843

Un coup d’œil de Louis enfantait des Corneilles. Qu’il est dans l’avenir de secrets qu’on ignore ! Que de fois un instant changea seul un destin ! Que d’êtres, éclairés par un éclat soudain, Sont inconnus la veille encore, Sont illustres le lendemain ! Peut-être… si l’espoir où mon cœur s’abandonne N’est point un fol orgueil, un vain pressentiment, Elle est prête à finir la nuit qui m’environne. Oui, le temps peut aussi m’apporter ce moment, Dont le pouvoir domine une existence entière, Si, daignant, ô mon prince, accueillir ma prière, Vous devenez pour moi cet astre protecteur. Dont l’éclat sur mes jours répandant la lumière, Les dénonce à la fois à la gloire, au bonheur. Peu de printemps unis ont composé mon âge ; Et, prêtresse vouée au culte des neuf sœurs, Déjà mes mains de quelques fleurs Sur leurs autels sacrés ont déposé l’hommagce. Mais, de plus beaux succès, de plus nobles efforts, Le bienfait de votre présence Imposerait la dette à ma reconnaissance. Et fécondant ma lyre en plus brillans accords, Française, j’oserais à la France chérie Consacrer mes hymnes nouveaux. Heureuse du bonheur de chanter ma patrie, Acceptez-moi pour barde, ô mon jeune héros ! Mon cœur battant d’espoir dans l’avenir s’élance. S’il existe entre nous un intervalle immense, Sur la route du monde où nous marquons nos pas ; Si les décrets du Ciel séparent ici-bas Votre brillant destin de mon humble fortune, Notre culte du moins nous rapproche tous deux, Tous deux nous adorons une idole commune : Oui, la gloire reçoit vos souhaits et mes vœux, Cette idole sublime, à tout grand cœur si chère ; Libres esclaves de ses lois, Dans son auguste sanctuaire Les poètes souvent sont rencontrés des Rois. Ah ! puissions-nous ainsi nous rencontrer parfois, Apportant tous les deux à l’autel de la gloire, Comme une digne offrande et comme un pur encens, Vous, l’hommage d’une victoire, Et moi, celui de mes accens.