Demain

Élisa Mercœur

Œuvres complètes d’Élisa Mercœur — 1843

Ah ! laissons un bandeau pour parure au destin. Chaque flot, tour à tour, soit qu’il sommeille ou gronde, Emporte mon esquif où le conduit le sort ; Et, passager sans nom sur l’océan du monde, Je m’éloigne incertain de l’écueil ou du port. J’ai vu s’enfuir le but de qui pensait l’atteindre ; J’ai vu ce qu’au sourire il succède de pleurs ; Combien de purs flambeaux un souffle peut éteindre : Ce qu’un baiser du vent peut moissonner de fleurs. Et j’ai dit : S’il s’éloigne, oublions le nuage : Qu’importe le matin notre destin du soir ; De la tombe au berceau charmons le court passage ; Un moment de bonheur vaut un siècle d’espoir. Pour chanter, pour aimer, pourquoi toujours attendre ? Jamais a-t-on vécu deux fois un même jour ? Et le flot du passé jamais sut-il nous rendre Un seul de nos momens emportés sans retour ? Un songe d’avenir trouble la jouissance ; Ah ! laissons un bandeau pour parure au destin : Que le malheureux seul existe d’espérance, S’endorme sur sa chaîne, et se dise : À demain.