À madame la princesse Bagration

Élisa Mercœur

Œuvres complètes d’Élisa Mercœur — 1843

Daignez être pour moi la salutaire étoile Dont la clarté me guide et me conduise au port. Aux arrêts du destin s’il est permis de croire, Ce que votre présence a fait naître en mon cœur, Est un pressentiment qui m’annonce ma gloire Et me présage mon bonheur. Jeune encor par le temps, vieille par la douleur, En doublant chaque instant de ma sombre existence, Pour y placer plus de souffrance Chaque jour élargit mon cœur. Tel dans ces tristes jours, honte de notre histoire, Ces jours où comme un crime on punissait la gloire, Chénier, lorsqu’à son tour le bourreau l’appela, Dit, frappant d’une main convulsive et brûlante Le front qu’il présentait à la hache sanglante : J’ai pourtant quelque chose là ! Oui, ce souffle brûlant, ce souffle inspirateur Qui, du feu qu’elle enferme agrandissant la flamme, Ainsi qu’un rayon créateur, Semble échappé du ciel pour féconder une âme, Combien de fois en vain je l’ai senti passer ! Et j’ai dit au malheur : Laisse-moi donc penser ! Inutile prière ! À mes cris insensible, En épuisant ma force à de nouveaux combats ; Sourde comme la mort, et comme elle inflexible, L’infortune me frappe et ne m’écoute pas ! Quand votre influence propice Combattant mon destin peut vaincre ma rigueur, Daignez, de mes projets devenant la complice, Avec moi conspirer ma gloire et mon bonheur ! Et lorsque je livre ma voile Au vent capricieux du sort, Daignez être pour moi la salutaire étoile Dont la clarté me guide et me conduise au port.