Les Ruines de Pompéia

Élisa Mercœur

Œuvres complètes d’Élisa Mercœur — 1843

Tes débris sont des pas laissés par ta puissance, Ton deuil est ta parure aux yeux de l’univers ; Le génie inspiré comprend ton grand silence ; Les ombres de tes fils repeuplent tes déserts. L’oubli laisse échapper sa noble prisonnière ! À son réveil magique, il ne s’attendait pas ; Pompéia qui dormait, s’éveille et crie… Arrière À ce Temps étonné qu’il manque à sa poussière Une empreinte de dix-sept pas. Pour chercher quels succès, pour venger quels outrages, Apparais-tu deux fois dans la lutte des âges, Ainsi qu’un vieux guerrier déroulant son drapeau ? Allons-nous te revoir dans ta beauté flétrie, Fantôme de cité, fatigué du tombeau, À quelque nouveau peuple offrir une patrie, Et des temples déserts à quelque Dieu nouveau ! Tu sembles au regard que ta présence étonne, En montrant tes lambeaux d’antiques vêtemens, Comme une reine sans couronne, Comme une mère sans enfans. Eh bien ! de tes fils morts, respecte la mémoire ; De la ville d’Hercule, ô toi, la noble sœur, Que t’importe un époux !… ton veuvage est ta gloire, Et ta ruine est ta grandeur ! Quels fils ont mérité de t’adopter pour mère ? Des palais qui chargent la terre, Les maîtres ont donné des fers au Peuple-Roi ; Sois jalouse aujourd’hui de ta noble misère, Découvre avec orgueil ce qui reste de toi ! Montre-nous la salle des fêtes ; Montre-nous ces faisceaux, vieux gages de conquêtes, L’arène du gladiateur ; Montre-nous la colonne à la tête abattue, Qui semble regretter son antique hauteur, L’autel abandonné du sacrificateur, Et le piédestal sans statue. Le deuil du cœur jadis suivait-il l’autre deuil ? Funéraires palais habités par des ombres, Qui donc vous éleva ? Le regret ou l’orgueil ?… Ah ! laissez transpirer un secret du cercueil ; Qu’il soit comme une flamme éclairant vos décombres. Ces oracles sacrés dont le sens est perdu, Pour nous les expliquer où donc est la Sybille ? Celle qui répondait à la voix de Virgile, Elle aussi dort sans doute et n’a pas entendu. Eh bien ! sur ces tombeaux évoquons la mémoire, Va-t-elle révéler quelques faits éclatans ? Approchons… Mais, hélas ! rien que des noms sans gloire, Qui, tels que de vains mots, sont jetés dans l’histoire, Esclaves de l’oubli quoique vainqueurs du temps ! Sont-ils, voyant leurs jours fuir comme un sombre rêve, Descendus dans la tombe en cherchant le réveil ? Ou touchant une lyre, ou tombant sous le glaive, Se sont-ils endormis de leur dernier sommeil ? Ou donnant à la mort de vains plaisirs pour cause, Bornant leur existence aux heures du matin, Se plaignaient-ils du pli d’une feuille de rose. En fermant la paupière au sortir d’un festin ?