Ne le dis pas

Élisa Mercœur

Œuvres complètes d’Élisa Mercœur — 1843

Tiens, d’un secret je veux t’instruire ; Mais j’ai peur de l’Écho, je parlerai tout bas, L’indiscret pourrait le redire ; Il faut, petit ami, qu’il ne m’entende pas. Écoute : Du rosier la feuille fugitive Tombe et s’envole en murmurant : La feuille fait du bruit, je serai moins craintive ; Le bruit m’a rassurée, et je tremble pourtant. Qu’un secret fait de mal quand on n’ose l’apprendre ! Il semble qu’un lien l’attache sur le cœur. Vois ; mon regard te parle, il est plein de douceur : Dis-moi donc, mon ami, ne peux-tu le comprendre ? Il était prêt à se trahir, Le secret que devait t’expliquer mon silence. Il s’échappait : timide en ta présence, Ma bouche se referme et n’ose plus s’ouvrir. Bien tendrement la tienne a dit : je t’aime ! Lorsque ce mot si doux fut prononcé par toi ; Méchant, c’est mon secret que ta bouche elle-même, Comme un écho du cœur, t’a révélé pour moi. Tu le connais ; et peut-être parjure, Un jour, hélas ! tu le décéleras : Petit ami, je t’en conjure, Si tu le sais, ne le dis pas.