À mademoiselle Delphine Gay

Élisa Mercœur

Œuvres complètes d’Élisa Mercœur — 1843

Heureux qui peut comme elle, en cédant au génie, Dans sa noble inspiration, Faire jaillir le feu de son âme agrandie Par sa brûlante émotion ! Des souvenirs évoquant la magie, Modulant des accords sur un luth enchanté : Une muse de la patrie, Pour racheter des Grecs l’antique liberté, Demandait un peu d’or au nom de l’Hellénie. Jusqu’à mon cœur sut parvenir Chaque son de sa voix si chère, Et je crus que tous ceux qu’attendrit sa prière Peut-être écouteraient mon timide soupir. Heureux qui peut comme elle, en cédant au génie, Dans sa noble inspiration, Faire jaillir le feu de son âme agrandie Par sa brûlante émotion ! Trop jeune, je n’ai point senti de ce délire Les traits rapides et puissans : Je pensais… Ma naissante lyre Ne préluda qu’à de faibles accens. Mais si je puis me faire entendre De celui qui chérit encor la liberté ; Si la pitié peut me comprendre, En vain je n’aurai pas chanté. Vous, des talens aimable amie, Vous qu’ils ont su parer de leurs dons enchanteurs, Vous qui des belles d’Aonie, Reçûtes un bandeau de fleurs, Sans vous, ah ! je le sens, l’espérance m’abuse, Long-temps, hélas ! mon nom peut rester inconnu ; Si vous le prononciez, redit par une muse, Il serait peut-être entendu. Que votre voix, unie à celle de ma lyre, Soit le touchant écho de mes timides chants Et si l’on applaudit à mes jeunes accens, Pour qu’ils semblent plus doux, alors puissiez-vous dire ; Seulement dix-sept fois elle a vu le printemps !