L’Insulaire (fragment)

Élisa Mercœur

Œuvres complètes d’Élisa Mercœur — 1843

Qu’importe !… à l’univers appartient sa mémoire ! Je dois, comme poète, un tribut à sa gloire: Libre à moi de chanter lorsqu’il dort sur l’écueil. Doit-on, s’il est sans glaive, insulter au courage ? La mort l’a consacré ; la haine est un outrage À la majesté du cercueil ! Quand, despote du sort et géant de puissance, Aux jeux des nations il apportait la France, Je n’eusse pas vendu mes accens au vainqueur ; Mais pour ce que je sens, je veux garder mon âme ; On ne me verra pas en comprimant sa flamme, Faire un esclave de mon cœur. Il unit en faisceau vingt sceptres et son glaive ; Il fut plus loin que tous, il fut loin comme un rêve !… Qui donc l’expliquera, l’être mystérieux ? Faut-il qu’on le blasphème, ou faut-il qu’on l’adore ? Tout marqué de ses pas l’univers doute encore S’il vint de l’enfer ou des cieux… Des cieux ! lorsque lui seul manquait à l’équilibre, Quand un peuple insensé, fatigué d’être libre, Comme un coursier dompté, reprit le frein des lois. Mais il vint de l’enfer ! alors qu’au rang suprême, Il fit, en s’asseyant, paré du diadème, Son marche-pied du front des rois ! Alors que, s’immolant une jeune victime, Il fit pâlir sa gloire, et l’entacha d’un crime ; Ou qu’impuissant rival d’un éternel hiver, Les donnant à la mort comme un présent d’esclaves, Aux fêtes du Kremlin, il conduisait ses braves ; Il venait encor de l’enfer ! Mais .............