Méditation

Élisa Mercœur

Œuvres complètes d’Élisa Mercœur — 1843

Telle qu’une médaille à l’empreinte effacée, Quand les contacts du monde ont usé la pensée, Quand la vie inutile a perdu sa fraîcheur, Lorsque les faux plaisirs ont énervé le cœur, Fatigué du fardeau de sa lourde existence, Lorsque l’homme a ravi son charme à l’espérance, Son âme parcourant les dédales du sort Trouve, pour en sortir, le dégoût et la mort ! On te l’a dit pourtant, incrédule jeunesse, Rien ne vaut ici-bas la stoïque sagesse ! Réponds ? contre l’orgueil, contre la volupté, Confiante en ta force, as-tu jamais lutté ? Non ! tu fais en cédant l’aveu de ta faiblesse ; Et, laissant du combat les soins à ta vieillesse Aveugle à la clarté de tout divin flambeau, Tu vois !… lorsque ton pied vient heurter le tombeau ! Alors, s’il était temps, si tu pouvais encore Ranimer dans ton sein le feu qui s’évapore ! Des fleuves descendus si, remontant le cours, Tels qu’ils sont au matin tu retrouvais les jours ; Si, rendant leur éclat aux fleurs déjà fanées, Tu jouissais deux fois de tes jeunes années, Dis, libre de choisir ta route et ton destin, Deux fois passerais-tu par le même chemin ?