Tristan Corbière
Un seul livre, publié à ses frais, passé totalement inaperçu : Tristan Corbière (1845-1875), que Verlaine exhuma dix ans après sa mort.
Poète français, auteur d'un unique recueil que personne ne lut de son vivant, et devenu par là même l'un des trois « poètes maudits » de Verlaine.
Il naît Édouard-Joachim Corbière le 18 juillet 1845 au manoir de Coat-Congar, à Ploujean près de Morlaix, fils d'Édouard Corbière — marin célèbre, journaliste et romancier maritime — et d'Angélique-Aspasie Puyo, de trente-trois ans sa cadette. L'enfance est paisible ; la pension au lycée de Saint-Brieuc, à partir de 1859, ne l'est pas.
Deux échecs font sa vie et sa poésie. Une maladie osseuse lui interdit la mer, dont son père avait fait un métier et une œuvre, et qu'il rêvait de suivre. Et il aime sans retour une seule femme, Armida-Josefina Cuchiani, qu'il appelle « Marcelle » dans ses vers. Il se dit laid, s'en accuse avec insistance, et fait de cette laideur supposée un ressort de dérision retournée contre lui-même autant que contre le monde.
*Les Amours jaunes* paraît en 1873, chez Glady frères, **à compte d'auteur**. Le livre ne se vend pas et ne rencontre aucun écho. Corbière meurt deux ans plus tard, le 1ᵉʳ mars 1875, à vingt-neuf ans, célibataire et sans travail, retranché dans son manoir breton. « Ah, si j'étais un peu compris ! »
Il faut attendre 1883 pour que **Verlaine le révèle**, dans *Les Poètes maudits*, aux côtés de Rimbaud et Mallarmé. Ce qu'on avait pris pour de la maladresse — la ponctuation surabondante, les vers heurtés, les mots coupés en deux, l'absence de poli — se lit alors comme ce que c'était : une destruction volontaire du vers, « cassant, concis, cinglant le vers à la cravache ». Laforgue le dira « indéfinissable, incataloguable, pas être aimé, pas être haï ; bref, déclassé de toutes les latitudes ».
Il fut aussi caricaturiste, et de talent : un album retrouvé à Glasgow en 2010, et vingt-quatre dessins sur la Commune de Paris retrouvés à Bologne en 2021.
Petit Poème réunit 94 de ses poèmes, soit *Les Amours jaunes* dans son entier — de « Ça » aux « Rondels pour après », en passant par *Armor* et *Gens de mer*, les deux suites bretonnes où sa langue est la plus dure et la plus juste.
- 1 Sonnet
- À l’éternel madame
- À l’Etna
- À la douce amie
- À la mémoire de Zulma
- À ma jument Souris
- À mon chien Pope
- À mon côtre Le Négrier
- À un Juvénal de lait
- À une camarade
- À une demoiselle pour piano
- À une rose
- Après la pluie
- Au vieux Roscoff
- Aurora
- Bambine
- Bâtard de Créole et Breton
- Bohême de chic
- Bonne fortune et fortune
- Bonsoir
- Ça ?
- Cap’taine Ledoux
- Chanson en Si
- Chapelet
- Cris d’aveugle
- Déclin
- Décourageux
- Déjeuner de soleil
- Do, l’enfant, do
- Duel aux camélias
- Élizir d’Amor
- Féminin singulier
- Femme
- Fleur d’art
- Frère et sœur jumeaux
- Gente Dame
- Grand opéra
- Guitare
- Heures
- Hidalgo !
- Idylle coupée
- Il se tua d’ardeur, ou mourut de paresse
- Insomnie
- La Cigale et le poète
- La Fin
- La Goutte
- La Pastorale de Conlie
- La Pipe au poète
- La Rapsode foraine
- Laisser-courre
- Le Bossu Bitor
- Le Convoi du pauvre
- Le crapaud
- Le Douanier
- Le Fils de Lamartine et de Graziella
- Le Mousse
- Le Naufrageur
- Le Novice en partance et sentimental
- Le Phare
- Le Poète contumace
- Le Poète et la cigale
- Le Renégat
- Lettre du Mexique
- Libertà
- Litanie
- Litanie du sommeil
- Male-Fleurette
- Matelots
- Mirliton
- Nature morte
- Paria
- Pauvre garçon
- Paysage mauvais
- Petit mort pour rire
- Pièce à carreaux
- Point n’ai fait un tas d’océans
- Portes et fenêtres
- Pudentiane
- Rapsodie du sourd
- Rescousse
- Rondel
- Saint Tupetu de Tu-pe-tu
- Soneto a Napoli
- Sonnet à sir Bob
- Sonnet de nuit
- Sonnet posthume
- Steam-Boat
- Toit
- Un jeune qui s’en va
- Un riche en Bretagne
- Veder Napoli
- Vendetta
- Vénerie
- Vésuves et Cie