Le Renégat

Tristan Corbière

Les Amours jaunes — 1873

Ça c’est un renégat. Contumace partout : Pour ne rien faire, ça fait tout. Écumé de partout et d’ailleurs ; crâne et lâche, Écumeur amphibie, à la course, à la tâche ; Esclave, flibustier, nègre, blanc, ou soldat, Bravo : fait tout ce qui concerne tout état ; Singe, limier de femme… ou même, au besoin, femme ; Prophète in partibus, à tant par kilo d’âme ; Pendu, bourreau, poison, flûtiste, médecin, Eunuque ; ou mendiant, un coutelas en main… La mort le connaît bien, mais n’en a plus envie… Recraché par la mort, recraché par la vie, Ça mange de l’humain, de l’or, de l’excrément, Du plomb, de l’ambroisie… ou rien — Ce que ça sent. — — Son nom ? — Il a changé de peau, comme chemise… Dans toutes langues c’est : Ignace ou Cydalyse, Todos los santos… Mais il ne porte plus ça ; Il a bien effacé son T. F. de forçat !… — Qui l’a poussé… l’amour ? — Il a jeté sa gourme ! Il a tout violé : potence et garde-chiourme. — La haine ? — Non. — Le vol ? — Il a refusé mieux. — Coup de barre du vice ? — Il n’est pas vicieux ; Non… dans le ventre il a de la fille-de-joie, C’est un tempérament… un artiste de proie. Au diable même il n’a pas fait miséricorde. — Hâle encore ! — Il a tout pourri jusqu’à la corde, Il a tué toute bête, éreinté tous les coups… Pur, à force d’avoir purgé tous les dégoûts.