Lettre du Mexique

Tristan Corbière

Les Amours jaunes — 1873

Vous m’avez confié le petit. — Il est mort. « Et plus d’un camarade avec, pauvre cher être. « L’équipage… y en a plus. Il reviendra peut-être « Quelques-uns de nous. — C’est le sort — « Rien n’est beau comme ça — Matelot — pour un homme ; « Tout le monde en voudrait à terre — C’est bien sûr. « Sans le désagrément. Rien que ça : Voyez comme « Déjà l’apprentissage est dur. « Je pleure en marquant ça, moi, vieux Frère-la-côte. « J’aurais donné ma peau joliment sans façon « Pour vous le renvoyer… Moi, ce n’est pas ma faute : « Ce mal-là n’a pas de raison. « La fièvre est ici comme Mars en carême. « Au cimetière on va toucher sa ration. « Le zouave a nommé ça — Parisien quand-même — « Le jardin d’acclimatation. « Consolez-vous. Le monde y crève comme mouches. « … J’ai trouvé dans son sac des souvenirs de cœur : « Un portrait de fille, et deux petites babouches, « Et : marqué — Cadeau pour ma sœur. — « Il fait dire à maman : qu’il a fait sa prière. « Au père : qu’il serait mieux mort dans un combat. « Deux anges étaient là sur son heure dernière : « Un matelot. Un vieux soldat. »