Sonnet posthume

Tristan Corbière

Les Amours jaunes — 1873

Dors : ce lit est le tien… Tu n’iras plus au nôtre. — Qui dort dîne. — À tes dents viendra tout seul le foin. Dors : on t’aimera bien — L’aimé c’est toujours l’Autre… Rêve : La plus aimée est toujours la plus loin… Dors : on t’appellera beau décrocheur d’étoiles ! Chevaucheur de rayons !… quand il fera bien noir ; Et l’ange du plafond, maigre araignée, au soir, — Espoir — sur ton front vide ira filer ses toiles. Museleur de voilette ! un baiser sous le voile T’attend… on ne sait où : ferme les yeux pour voir. Ris : Les premiers honneurs t’attendent sous le poêle. On cassera ton nez d’un bon coup d’encensoir, Doux fumet !… pour la trogne en fleur, pleine de moelle D’un sacristain très-bien, avec son éteignoir.